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cestlhistoired1mec
dimanche 19 août 2007, a 11:22
La banlieue du point de vue de l’ethnopsychiatrie.
 

  Depuis le début des années 80 en France, nous entendons parler du « malaise » des banlieues. Les derniers évènements de Novembre 2005 n’ont été qu’un rappel du dit malaise. Il est issu de plusieurs facteurs qui sont toujours difficiles à comprendre aujourd’hui.

Il y a, certes, beaucoup d’écrits sur les différentes populations vivant dans les banlieues. Beaucoup de chercheurs de disciplines diverses telles que l’histoire, l’économie, la politique, la psychologie et la sociologie se sont penchés sur ce sujet. Tous apportent leur vérité propre à leur discipline.

Cependant, les études ethnopsychiatriques, psychiatriques, psychanalytiques, en France, ne sont pas autant développées que les premières disciplines citées. Notamment concernant notre objet de recherche qui porte sur les moyens défensifs culturels.

Quand on parle de banlieue, on parle nécessairement de la population qui y habite, population si diversifiée qu’il est difficile de faire des généralités. De telles différences dans ces populations impliquent une diversité culturelle voisines, les unes des autres.

Cette diversité culturelle pose semble-t-il un problème en France, un sentiment que l’on observe souvent dans les média. Source de nombreux fantasmes, la banlieue « délie » les langues des nombreux penseurs et chroniqueurs portés sur le sujet. Tous les maux lui sont attribués et l’Autre en est la cause.

Cependant, la banlieue est  aussi le lieu de créations nouvelles, de réussites et de  connaissances. Sa population, si diverse, a su se constituer une identité propre, son « label », notamment chez les plus jeunes. Ces individus, qui sont issus d’horizons différents, se sont offerts le luxe de métisser leur culture entre elles, sûrement dans le but de mieux vivre ensemble. 

Ainsi, la banlieue, pour l’observateur averti, peut être un laboratoire du vivant, du vivre ensemble, du culturel et de ce lien social  parfois tant décrié, à l’image d’un chaudron toujours en pleine ébullition.

Le sujet de cette étude portera sur l’Autre en tant qu’être de culture. Plus précisément sur la prégnance de la culture dans la construction identitaire. Ainsi, comme à  l’image de l’œuvre de Georges Devereux, il est peut être possible, d’identifier des invariants culturels mais également à penser la culture comme universelle.

 

Le quotidien précaire dans lequel vie une partie de la population des banlieues, la proximité policière qu’elle subit jour après jour, et tenant compte des rivalités entre bandes de quartiers qui parfois sont meurtrières, sont trois caractéristiques de certaines villes de la banlieue parisienne et plus précisément de certaines cités (les Bosquets à Montfermeilles, les 4000 à La Courneuve, la Grande Borne à Grigny …). Nous remarquons que ces trois éléments, que sont la présence policière, la précarité et les rivalités de voisinage, faisaient aussi partie du décor dans les colonies Françaises et notamment dans les quartiers des colonisés. Ainsi, en peuplant ces quartiers avec de nombreux travailleurs Africains immigrés des anciennes colonies Françaises  avec leurs familles,  certains problèmes rencontrés pendant l’ère coloniale ont, eux aussi, « immigrés ». Notamment les difficultés économiques de ces familles et cette situation angoissante qu’est le contrôle des papiers d’identité à répétition aux abords des quartiers sensibles. Ces deux faits et plus précisément le second, nous interrogent sur la manière qu’ont, par exemple, les jeunes de ces quartiers de se percevoir comme Français.

En effet, pour appuyer cet argument, pendant ce fameux mois de novembre 2005 la loi prorogeant l’application de la loi N° 55-385 du 3 avril 1955 a été réactivée pendant un certain temps par le gouvernement. Est-ce un hasard si cette loi rétablie pendant un temps, avait été votée à l’Assemblée Nationale au début de la guerre d’Algérie.

Nous savons aujourd’hui que la colonisation a perturbé le processus identitaire des peuples colonisés (un autre exemple, avec les Harkis qui sont des Algériens ayant fui leur pays avec les militaires Français lors de l’indépendance de l’Algérie. Ils se sentaient probablement plus Français mais, en arrivant en France, ils se sont retrouvés parqués dans des camps à la sortie des villages, non reconnus comme français, sans identité).

Or, Frantz FANON écrit dans les Damnés de la terre en introduction du chapitre des cas psychiatriques rencontrés pendant la guerre d’Algérie : « La vérité est que la colonisation, dans son essence, se présentait déjà comme une grande pourvoyeuse des hôpitaux psychiatriques. Dans différents travaux scientifiques nous avons, depuis 1954, attiré l’attention des psychiatres français et internationaux sur la difficulté qu’il y avait à « guérir » correctement un colonisé, c’est-à-dire à le rendre homogène de part en part à un milieu social de type colonial. Parce qu’il est une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité, le colonialisme accule le peuple dominé à se poser constamment la question :

« Qui suis-je en réalité ? » »[1].

 

Si nous sommes en accord avec Frantz FANON, alors avant d’immigrer en France, l’individu était toujours à la recherche de son identité. Ce qui, une fois parti de son pays natal, ajouta une difficulté supplémentaire à son « adaptation », « assimilation », « intégration » dans le pays d’accueil. De plus, il a fallu en tant qu’immigré, passer du statut de colonisé à celui de réfugié économique. Lequel des deux a pris le pas sur l’autre ?

Autrement dit, un individu qui a du mal à se reconnaître, à s’identifier ou qui est dans un questionnement identitaire parce qu’il immigre, ses interrogations auront un impact au niveau de l’éducation de ses enfants et de la transmission culturelle, d’autant plus si ce pays d’accueil est l’ancien pays colonisateur. Ainsi ces enfants devraient avoir, eux aussi, un questionnement identitaire qui tendrait vers une ambivalence entre la culture et les normes sociales du pays des origines familiales et celles du pays d’accueil.

 

Pour ce qui est du conflit psychique, le Laplanche et Pontalis le définit plus particulièrement comme résultant  « des exigences internes qui s’opposent.]…[la psychanalyse considère le conflit comme constitutif de l’être humain et ceci dans diverses perspectives : conflit entre le désir et la défense, conflit entre les différents systèmes ou instances, conflits entre les pulsions, conflit oedipien enfin ou non seulement se confrontent des désirs contraires, mais ou ceux-ci s’affrontent à l’interdit »[2].

Cette définition nous dit clairement que le conflit est une composante de l’identité. Pour la population qui nous intéresse ici, le conflit ne peut-être que différent de celui de la population d’accueil ; il en va de même concernant leur quête identitaire.

 

Autrement dit, la construction de l’identité du sujet s’abreuve de son environnement familial et extrafamilial. La culture, sur le plan familial, sera première pour le développement psychique de l’individu. Cependant sur le plan extrafamilial, la culture et les normes sociales du pays dans lequel il vit ainsi que les différentes normes sociales et culturelles de son quartier influeront aussi sur celui-ci.

Par conséquent, le conflit identitaire pour le sujet se situe sur trois plans culturels différents : familial, environnemental (le quartier, la cité) et national.

Illustrons par un exemple notre idée. Aujourd’hui, pour un individu vivant dans une cité de la région parisienne sa culture familiale peut être africaine, la culture de la « cité » peut être la culture et les normes du hip-hop et la culture nationale est la culture française. Nous remarquons ici trois cultures qui s’alimentent les unes des autres de façon différentes, mais qui sont loin d’être représentatives de la population générale française.

 

  Selon G. Devereux, « les moyens défensifs que la culture met à la disposition de l’individu afin de lui permettre de refouler ses pulsions culturellement dystones peuvent s’avérer insuffisantes ». Nous pouvons supposer lorsque la culture familiale est différente de la culture nationale, que les moyens défensifs proposés par la société nationale, française par exemple, ne soient pas introjectés ou tout du moins plus difficilement par la population de ces cités, qui dans certains cas les dénient apriori.

Nous faisons donc l’hypothèse que les « moyens défensifs » proposés par  la culture française, au sujet « normal » issu des populations immigrées des anciennes colonies sont, soit difficilement introjectés soit, tout simplement déniés.

Cette population n’a pas la possibilité d’intérioriser suffisamment les normes culturelles françaises qui lui permettraient une certaine « adaptabilité créatrice », c’est-à-dire, entre autre, une certaine identification à la population française. De ce fait, le sujet ne peut pas se libérer de son angoisse, d’extérioriser ses pulsions dystones à la culture française. D’où, en partie, le malaise ambiant depuis vingt ans dans ces quartiers.

Ainsi, ne faisons plus semblant de s’étonner que les bibliothèques, les écoles sont incendiées par des jeunes « banlieusards ». Les grands penseurs, les hommes politiques et certains éditorialistes s’insurgent contre ces actes de vandalisme des lieux dont la symbolique est le Savoir (moyen défensif culturel). Visiblement ils n’ont pas assez réfléchi au problème qu’ils ne peuvent percevoir que de leur point de vue culturel de blanc européen. Ne leurs en voulons pas, car nous ne pouvons pas penser un sujet dont on ne soupçonne pas l’existence ; la transmission culturelle ?

C’était en juin 1982, toute la famille était réunie devant la fameuse demi-finale France-Allemagne en Espagne. A l’époque j’avais onze ans, loin de comprendre ce qu’il se jouait au niveau culturel à ce moment précis. Pendant les prolongations de ce match j’ai entendu tant d’insulte sur les Allemands et des remarques qui faisaient référence à cette période de l’histoire qu’est  l’occupation, qu’aujourd’hui je constate qu’un traumatisme qui touche l’ensemble d’une population se transmet de génération en génération. Alors je pose la question qui a été traumatisé pendant la colonisation, qui a été dominé ? Certainement pas le peuple de France. Donc si les Français peuvent avoir autant de rancoeur pendant un match de foot après un peuple avec lequel il n’est plus en guerre depuis 37 ans, alors il peut-être humain pour les peuples des anciennes colonies Françaises et de leurs descendants d’en avoir aussi, non ?

Je rappelle que l’occupation allemande n’a durée que 5 à 6 ans. Alors que pour les colonies le traumatisme s’est étalé sur plusieurs générations. Maintenant ouvrez grand vos yeux et observez dans quelles conditions de vies nous (dé-) laissons vivre ces populations dans nos banlieues. Pas d’accès au logement, encore moins au travail, pas d’accès à la vie tout simplement. Voilà où nous mène la « négation culturelle », le déni de l’Autre : à la violence. Pourquoi parle-t-on autant de devoir de mémoire de nos jours ?

Je suis né d’une mère Normande et d’un père Kabyle. Je ne veux pas brûler la France, cependant je ne veux pas que la France m’exclu.

 

A suivre...

[1] F. Fanon, les damnés de la terre, La Découverte & Syros, Paris, 2002, p. 239-240.

[2] J. Laplanche et J-B Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse,Quadrige & Puf, 3ème édition, Paris, 2002, p. 90.











 

 

 

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