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cestlhistoired1mec
dimanche 26 août 2007, a 11:27
Apports théoriques ethnopsychiatrique et psychosociaux en soutient à l’article précédent.

Du normal au pathologique.  

Il n'est jamais facile de délimiter la frontière du normal et du pathologique. Nous ne pouvons le faire que d'un point vu théorique. C'est toujours une comparaison entre deux choses ; l'objet que nous voulons comparer pour le situer par rapport à un autre.

En psychologie, nous évaluons la normalité en observant les écarts existant entre un individu et sa population de référence.

En psychiatrie, nous comparons les symptômes du patient aux syndromes définis par la nosographie pour établir le diagnostic.

Ainsi la difficulté principale est d'effectuer un diagnostic cohérent. Pour ce faire il faut tenir compte de l'effet du groupe sur l'individu et plus précisément l'influence que la culture a sur les pathologies. En effet, G. Devereux ethnopsychiatre, nous prévient qu'il faut s'efforcer de confronter et coordonner le concept culture avec le couple conceptuel de « normalité - anormalité ». Il nous précise que la normalité n'est pas issue du concept d'adaptation car cette théorie ne prend pas en compte les sociétés malades ; c'est pourquoi l'adaptation ne peut être un critère de la santé mentale. Par conséquent, pour l'ethnopsychiatrie le couple « normalité – anormalité » s'observe sous l'angle de la culture et de la psychiatrie.

 

L'inconscient.  

Si nous introduisons le concept de culture comme élément  de diagnostic, il faut aborder l'inconscient tel que G. Devereux l'a défini en le séparant en deux parties. La première est le segment inconscient de la personnalité ethnique et la deuxième est l'inconscient idiosyncrasique (l'inconscient freudien).

Il définie le segment inconscient de la personnalité ethnique pour l'individu comme cette part de son inconscient total qu'il possède en commun avec la plupart des membres de sa culture. Il est composé de tout ce que conformément aux exigences fondamentales de sa culture, chaque génération apprend elle-même à refouler puis, à son tour, force la génération suivante à refouler. Il change comme change la culture et se transmet comme se transmet la culture par une sorte d'enseignement et non biologiquement. Pour G. Devereux, l'inconscient ethnique s'acquiert exactement comme s'acquiert le caractère ethnique. C'est pourquoi tous les membres d'une même culture possèdent en commun  un certains nombres de conflits inconscients. De plus, il nous indique que le matériel qui constitue l'inconscient ethnique est maintenu à l'état refoulé par certains mécanismes de défense, renforcés et souvent même fournis par les pressions culturelles.

Ces moyens défensifs servent aux individus à refouler leurs pulsions culturellement dystones. Cependant ces moyens peuvent être insuffisant, alors la culture tend à fournir, paradoxalement, certains moyens culturels qui permettent à ces pulsions de s'exprimer marginalement.

 

Pour ce qui est de l'inconscient idiosyncrasique, selon G. Devereux, il se compose des éléments que l'individu a été contraint de refouler sous l'action des stress unique et spécifique qu'il a dû subir. Ces stress peuvent être de deux genres : d'une part, les expériences qui sans être typique d'une culture donnée – c'est-à-dire sans refléter le modèle culturel de base -, surviennent assez fréquemment pour être reconnues et reformulées culturellement. D'autre part, les expériences qui ne sont ni caractéristiques d'une culture, ni numériquement fréquentes, mais qui atteignent certains individus particulièrement malheureux.

Ainsi, les traumatismes idiosyncrasiques engendrent chez les individus des conflits localisés de manière permanente dans l'inconscient « privé ».

Le traumatisme.  

Aux vues de ces définitions, il nous faut préciser le concept de traumatisme au sens de G. Devereux.

Pour lui, le stress s'applique aux forces nocives qui atteignent l'individu et le traumatisme est le résultat nocif de l'impact de ces forces. En effet, les conséquences du stress peuvent être parfois « négatif » ou « positif » pour l'individu. Il indique que dans les situations culturelles un stress sera traumatisant quand il est atypique, quand il est typique mais intense ou prématuré. Il définie, d'une part, un stress comme atypique si la culture ne dispose d'aucune défense préétablie, « produite en série », susceptible d'en atténuer ou d'en amortir le choc. D'autre part, un stress typique fréquent ou prématuré mais intense est traumatisant car l'individu n'a pas encore introjecté les moyens défensifs culturels qui lui permettrait d'en atténuer le choc.

 

Typologie ethnopsychiatrique des névroses et des psychoses.  

Les désordres de la personnalité sont déterminés par quatre catégories :

Les désordres sacrés ou chamaniques concernent les chamans, les guérisseurs dont les conflits se situent au niveau des segments inconscients de la personnalité ethnique. leurs symptômes et leurs conflits sont structurés de façons conventionnelles au niveau culturel.Les désordres ethniques sont agencés et structurés culturellement de façon complexe et leur caractère est multidimensionnel. Autrement dit, la culture les rend normaux. G. Devereux a observé que la culture donne des indications sur les modes d'emploi abusif qui permettent aux individus de palier aux situations de stress.  

 

 

 L'individu et le groupe.  

Tout individu est entouré de multiples groupes, mais il se reconnaît plus dans certains que dans d'autres.

Le premier est celui de la famille, il renseigne sur la filiation de l'individu en son sein. Il donne aussi l'identité « administrative » qui permet de s'identifier par son patronyme, son origine ethnique et culturelle et sa classe sociale. En effet, le sujet se construit au contact de l'autre, et en l'occurrence, ici, ce sont les parents, les frères et sœurs, mais aussi les oncles, tantes, etc. Les premières identifications se font donc en interaction avec le groupe « famille » qui transmettra les usages, les coutumes, la religion à l'individu qui en est issu.

Ainsi, du point de vue psychologique, le sujet assimile certains objets du groupe famille tels que l'imago parentale et la culture, qu'il incorpore entièrement ou partiellement, pour construire les bases de sa personnalité.

 

Du point de vue de la psychologie sociale, on parle d'identité sociale, c'est-à-dire que l'individu se détermine en fonction de plusieurs groupes. Selon H. TAJFEL l'identité sociale est la partie de soi qui provient de la conscience qu'a l'individu d'appartenir à un groupe social (ou à des groupes sociaux), ainsi que la valeur et la signification émotionnelle qu'il attache à cette appartenance[1].

D'une part, cette définition nous indique que l'identification avec les groupes extérieurs à la famille  se fait après les identifications familiales et à l'âge ou l'individu est conscient des choses.

D'autre part, il est aussi question d'investissement d'objet et de l'intensité de l'affect investit sur ce même objet. Ainsi, à la différence du groupe familiale, l'individu choisit les groupes auxquels il appartient ou souhaite appartenir.

Quant au « soi », pour MEAD, il est une représentation consciente que l'individu se fait de lui-même qu'il nomme « moi », mais pas seulement. Il prend en compte le « je » qui est dans l'action de façon non consciente comme l'ensemble des habitudes automatisées de l'individu.

Ainsi, pour AZZI et KLEIN, en s'inspirant de MEAD, l'identification au groupe se fait d'une façon non consciente (je) et consciente (moi). Le « je » correspond aux introjections culturelles du groupe famille, c'est-à-dire les valeurs, les normes et les règles que le sujet intériorise. Le « moi », lui, serait la partie consciente qu'a l'individu de son identité culturelle. Par conséquent, pour ces auteurs, il y aurait deux formes d'identifications sociales : l'une implicite le « je », l'autre explicite le « moi ».

 

 Les relations intergroupes.  

Les groupes entrent en interaction sous au moins deux formes : le conflit ou la coopération. En général, ces types d'interactions dépendent des besoins et des intérêts des groupes. Mais, avant de rentrer en relation, ils savent se différencier les uns des autres, par le biais de la catégorisation social, des stéréotypes et préjugés qu'ils attribuent aux autres groupes.

Par exemple, dans une ville de banlieue ou la population représente diverses communautés, nous voyons, le matin, les travailleurs Africains, Français, Asiatiques prendre les mêmes transports en communs et observer des valeurs de respect, de politesse, ou indifférenciation. Mais dès qu'un acte malveillant, comme les incendies de voitures, est reconnu d'une communauté à une autre, alors les préjugés et les stéréotypes se révèlent au grand jour. Les Africains seront accusés par les Français de ne pas savoir éduquer leurs enfants, puis de vivre à quinze familles dans un trois pièces, etc.

Cependant les stéréotypes et les préjugés sont rarement à l'origine du conflit, néanmoins ils l'étayent. Les émeutes de Novembre 2005, suite à la mort de deux enfants de Clichy sous Bois, ne peuvent se comprendre, uniquement, par le fait que ces émeutiers n'aiment pas les policiers et qu'ils sont en perpétuel conflit avec les force de l'ordre. Les raisons de ces émeutes étaient tout autres. Elles s'expliquent peut-être mieux, par le fait que ces jeunes en ont assez de ce harcèlement policier au quotidien, qu'ils se sont imaginés, très facilement, dans la situation de ces deux enfants, qui courraient pour échapper à un contrôle de police. De là, ils ont exprimé leur mécontentement de la façon dont ils estiment être traités en France.

L'intérêt collectif de ces agitateurs était de revendiquer une autre place dans la société et notamment celle que détiennent les blancs Français. En effet, ils aspirent, eux aussi à un confort de vie, au droit au travail, au droit au logement, c'est-à-dire d'avoir la possibilité de se projeter dans l'avenir afin d'y croire, comme tout individu.

Néanmoins, la coopération est aussi possible. Mais pour cela, encore faut-il avoir des intérêts ou des valeurs en communs. Heureusement cela se produit parfois. L'exemple le plus actuel est peut-être celui des « sans papiers ». En effet, en France, des individus, d'origines ethniques différentes, travaillent ensemble dans le but d'obtenir la régularisation administrative de ces « réfugiés économiques ou politique» et se mobilisent afin que ces personnes reçoivent un traitement digne, respectant la déclaration Universelle des Droits de l'Homme (1948).

 

   Les normes et valeurs sociales.  

G-N. FISCHER définit les normes comme un type de pression cognitive et psychosociale se référant à des valeurs dominantes et des opinions partagées dans une société ; elle s'exprime sous forme de règles de conduite plus ou moins explicite en vue d'obtenir des comportements appropriés socialement[2].

Les normes se réfèrent aux valeurs communes d'un groupe ou de la société et elles impliquent une conformité du groupe. De plus, celles-ci comportent un jugement de valeur qui est lié aux principes moraux de la société.

Aujourd'hui, dans notre société un sujet se doit de travailler afin de subvenir à ses besoins. En outre, s'il vit en couple et perd son emploi, le fait de se retrouver oisif, pourrait faire dire aux personnes de sa belle-famille, par exemple, qu'il profite de sa situation, en ne retrouvant pas un  emploi très vite, et celles-ci finiraient par le soupçonner de fainéantise. Car dans ce cas, la norme travail est associée au principe moral de la société qui implique, surtout pour l'homme du couple, que vivre au dépend de sa femme n'est pas morale. Ainsi, nous pouvons souligner que tout comportements marginaux ou déviants, donc hors normes sont, soit sanctionnés implicitement, soit explicitement.

 

 La culture.  

Selon le Petit Larousse Illustré, la culture est un ensemble des usages, des coutumes, des manifestations artistiques, religieuses, intellectuelles qui définissent et distinguent un groupe, une société[3].

La culture s'observe dans un groupe, dans une catégorie ou dans une société. Elle regroupe, aussi, plusieurs champs tels que le savoir, l'art, la religion, le « savoir-faire » et le « savoir-être ».

 

 La culture du groupe.  

Elle est fonction, pour une famille, de son origine ethnique, de sa catégorie sociale et du pays dans lequel elle vit. La catégorie sociale définit souvent le lieu d'habitation de la famille. En effet, il y a plus de catégories sociales favorisées résidant à Neuilly sur seine, qu'à la Courneuve même si certaines d'entre elles y sont présentes. Il en va de même pour les catégories sociales moins favorisées.

Pour un individu, sa culture sera issue de sa famille, de l'endroit où il habite et de la société dans laquelle il évolue.

Ainsi, nous distinguons trois formes de culture importantes, à divers degrés, dans la construction identitaire du sujet : la culture familiale, la culture de l'environnement proche du sujet, c'est-à-dire la culture de son quartier et la culture de la société dans laquelle il vit. Par conséquent, la construction identitaire pour l'individu est le produit de cette imbrication culturelle.

 

 La culture familiale.  

C'est la culture transmise par la famille. La famille transmet au sujet ses usages qui englobent ses normes et ses valeurs morales, ses coutumes, sa religion, son savoir et ses connaissances artistiques.

Pour G. Devereux, elle transmet aussi autre chose qu'il nomme l'inconscient culturel. Il le définit faisant partie de l'inconscient, mais concernant uniquement le matériel refoulé qui comprend les représentations des expériences objectives extérieures et les expériences subjectives intérieures. Il ajoute que cet inconscient culturel se compose des mécanismes de défenses et la majeure partie du Sur-Moi. De plus, il le divise en deux groupes : le segment inconscient de la personnalité ethnique et l'inconscient idiosyncrasique.

Pour ce qui nous concerne dans ce paragraphe, nous définirons que le premier groupe. « L'inconscient ethnique d'un individu est cette part de son inconscient total qu'il possède en commun avec la plupart des membres de sa culture. Il est composé de tout ce que, conformément aux exigences fondamentales de sa culture, chaque génération apprend elle-même à refouler puis, à son tour, force la génération suivante à refouler. Il change comme change la culture et se transmet comme se transmet la culture … »[4].

Ainsi, nous constatons que, pour cet auteur, chaque ethnie à une partie de son inconscient différente des autres ethnies. Ce segment inconscient de la personnalité ethnique, pour l'immigrant serait peut-être une partie de ses difficultés liées au passage d'une société à l'autre ou d'une culture à une autre. Nous soulignons que pour l'immigré, qui a vécu la fin de la période coloniale, quittant son pays anciennement colonisé, pour s'installer dans le pays colonisateur, vient s'ajouter une difficulté supplémentaire à son établissement chez son ancien « bourreau ».

 

 La culture du sujet influencée par son environnement.  

Dans une même ville de banlieue, selon les quartiers, les différences en termes d'habitations, de populations, de culture peuvent être significatives. Certains quartiers de type pavillonnaires auront une population qui tend vers l'homogénéité et une moindre variabilité culturelle alors que d'autres quartiers auront une population plus dense qui habitent dans des « blocs » et les cultures présentes pourront, dans certains cas, être extrêmement nombreuses. Une telle disparité culturelle, à l'intérieur même d'un quartier, nous fait dire que pour le sujet qui se construit, ces différentes cultures participeront de près ou de loin à la construction de sa personnalité. Prenons un exemple simple pour illustrer notre idée.

Dans les quartiers qu'ils soient difficiles ou non, nous faisons le constat que les cultures des différentes ethnies se métissent. En effet, il n'est pas rare de voir certains Français, blancs, de cités, dans lesquelles une population musulmane est fortement représentée, faire le jeûne du ramadan, sans être converti à l'Islam.

De plus, une culture artistique est en perpétuel développement au sein de ces quartiers, notamment à travers le mouvement appelé Hip-Hop. Il regroupe des arts différents comme la danse, le chant, la musique, les arts graphiques et la mode. Il existe à travers des associations, des labels musicaux et se donne en représentations amateurs ou professionnelles. Les individus de ces quartiers se mobilisent pour trouver des solutions, entre autres, par le biais de la culture, qui leur permettent de se sentir en vie et de palier les difficultés qu'ils rencontrent au quotidien. Ainsi, ils se créent des espaces qui leur permettront de refouler leurs pulsions culturellement dystonnes.

Les psychologues sociaux nous disent que ces populations créent de nouvelles normes sociales. Certes, mais sur quelles bases et comment ? Georges DEVEREUX apporte une précision non négligeable. Comme lui, nous pensons plutôt, que ces individus inventent des « moyens défensifs » par leur capacité à mobiliser leur  « adaptabilité créatrice ». Nous développerons plus loin cette idée.

 

 La culture Française.  

Elle est riche, ancienne et diversifié. Elle rassemble les cultures régionales qui la composent et les influences extérieures qui l'ont modelée tout au long de son histoire. La première université française, à Paris, date du XIIème siècle. L'enseignement en France, obligatoire jusqu'à seize ans, est, l'un des principaux canaux de diffusion de la culture conjointement avec les média nationaux et le fonctionnement des administrations comme le ministère de la culture et la communication.

Son histoire et son rayonnement passé, sa langue, les philosophes des lumières ont influencés des grands courants de pensées dans le monde. La gastronomie, le patrimoine culturel, les arts, le savoir vivre et le sport sont les principaux constituants de la culture française.

En outre, il faut tenir compte, des valeurs républicaines qu'elle défend comme la déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789), la laïcité (1905), mais aussi l'influence de la religion catholique qui est encore aujourd'hui la plus représentée même si, ces derniers temps un recul au niveau de la pratique est constaté.

Enfin, les valeurs traditionnelles et morales, les diverses politiques culturelles, les normes sociales et les coutumes participent, au plan national, à la culture française. Il est difficile de définir complètement une culture, mais en balayant largement les grands traits qui constituent la culture française, notre but est d'apporter quelques éléments indicatifs en rapport avec notre sujet.

 

 La culture selon Georges DEVEREUX.  

Pour G. DEVEREUX, la culture, d'une part, induit « un processus psychologique de réification qui exerce une influence sur les personnes en tant que composante de la personnalité de chacun » ; c'est-à-dire, que les individus transforment en chose ou en objet ce qui est de l'ordre de la simple représentation mentale.

D'autre part, la culture « est un système standardisé de défense et qui, par conséquent, est solidaire des fonctions du Moi, puisque le Moi se définit, en grande partie, dans la psychanalyse, par les mécanismes de défense »[5].

Lorsque l'immigré entre en contacte avec le pays qui l'accueil, il se trouve face à une culture différente de la sienne. Dans le but de s'intégrer, il devra mobiliser en tant qu'homme, donc être de culture, sa capacité « d'adaptabilité créatrice » ; c'est-à-dire, que l'homme « fonctionne en tant que créateur, créature, manipulateur et médiateur de culture en tout lieu et de la même manière ». Ainsi, par le concept de sublimation, il peut arriver à s'établir dans cette nouvelle société.

En effet, pour l'auteur, le concept d'adaptation ne peut être utilisé, car dans le cas d'une société malade, l'individu sain et rationnel s'y adapterait en restant normal, donc sans introjecter les normes culturelles de la société, ce qui nous semble pas logique.

Tout au long de sa vie, l'homme sera confronté au stress et subira des traumatismes. G. DEVEREUX apporte une précision sur ces deux notions. « Le stress est lié uniquement aux forces nocives qui atteignent l'individu ; le traumatisme, aux résultats nocifs de l'impact de ces forces ».

Selon les individus, l'impacte de ces forces varie en fonction de la capacité du sujet à mobiliser la disponibilité des défenses dans la situation stressante.

De plus, il distingue le stress typique et atypique. Le premier peut être imagé par le cambriolage. Une personne qui rentre chez elle et constate qu'elle a été cambriolée, sera traumatisée car le stress ressenti aura été de forte intensité. Cependant, le rituel qui accompagne cette situation, comme faire une déclaration à son assureur et déposer une plainte au commissariat, ajouté au fait que de parler de cet évènement traumatique en atténuera l'intensité, est un moyen défensif culturel.

Le deuxième : « si la culture ne dispose d'aucune défense préétablie, « produite en série », susceptible d'en atténuer ou d'en amortir le choc », alors ce stress sera atypique.

 

 Les moyens défensifs culturels.  

Qu'est-ce qu'un moyen défensif culturel ? C'est un élément ou un trait culturel qui permet de faire face à une situation humaine traumatisante afin de préserver le sujet d'un désordre psychique. Ainsi, pour G. DEVEREUX, « les moyens défensifs » que la culture met à la disposition de l'individu lui permettent de refouler ses pulsions culturellement dystones ».

Par exemple, les rites accompagnants la mort dans notre société, sont sensés faciliter l'acceptation de la perte d'un être cher, et donner la possibilité aux survivants de faire leur deuil. Ces rites sont un moyen défensif culturel.

L'auteur d' « Essais d'ethnopsychiatrie générale », nous donne l'exemple de la nage en indiquant que « le Boschiman du désert de Kalahari a fort peu de chance de tomber en eau profonde, la culture Boschiman ne fournit probablement pas à ses membres une défense contre ce genre de stress. L'enfant Boschiman n'apprend pas à nager. »[6]. La nage, ici, peut être un moyen défensif qui permet dans ce cas d'éviter le stress qui accompagne le fait de tomber à l'eau et de ne pas savoir nager.

[1] A-E. Azzi et O. Klein, « psychologie sociale et relation intergroupes » Les Topos, Dunod, Paris, 1998, p.66.

 

[2] G-N. Fischer, Les concepts fondamentaux de la psychologie sociale, Dunod, Paris, 1996, p. 63-64.

[3] Le Petit Larousse Illustré, Dictionnaire, Larousse Bordas, Paris, 1997.

 

[4] G. Devereux, Essais d'ethnopsychiatrie générale, 3ème édition, Gallimard, 1977, p.4-5.

[5] G. Devereux, Essais d'ethnopsychiatrie générale, 3ème édition, Gallimard, 1977, Chap. I.

[6] G. Devereux, Essais d'ethnopsychiatrie générale, 3ème édition, Gallimard, 1977, p. 9.

 

dimanche 19 août 2007, a 11:22
La banlieue du point de vue de l’ethnopsychiatrie.

  Depuis le début des années 80 en France, nous entendons parler du « malaise » des banlieues. Les derniers évènements de Novembre 2005 n’ont été qu’un rappel du dit malaise. Il est issu de plusieurs facteurs qui sont toujours difficiles à comprendre aujourd’hui.

Il y a, certes, beaucoup d’écrits sur les différentes populations vivant dans les banlieues. Beaucoup de chercheurs de disciplines diverses telles que l’histoire, l’économie, la politique, la psychologie et la sociologie se sont penchés sur ce sujet. Tous apportent leur vérité propre à leur discipline.

Cependant, les études ethnopsychiatriques, psychiatriques, psychanalytiques, en France, ne sont pas autant développées que les premières disciplines citées. Notamment concernant notre objet de recherche qui porte sur les moyens défensifs culturels.

Quand on parle de banlieue, on parle nécessairement de la population qui y habite, population si diversifiée qu’il est difficile de faire des généralités. De telles différences dans ces populations impliquent une diversité culturelle voisines, les unes des autres.

Cette diversité culturelle pose semble-t-il un problème en France, un sentiment que l’on observe souvent dans les média. Source de nombreux fantasmes, la banlieue « délie » les langues des nombreux penseurs et chroniqueurs portés sur le sujet. Tous les maux lui sont attribués et l’Autre en est la cause.

Cependant, la banlieue est  aussi le lieu de créations nouvelles, de réussites et de  connaissances. Sa population, si diverse, a su se constituer une identité propre, son « label », notamment chez les plus jeunes. Ces individus, qui sont issus d’horizons différents, se sont offerts le luxe de métisser leur culture entre elles, sûrement dans le but de mieux vivre ensemble. 

Ainsi, la banlieue, pour l’observateur averti, peut être un laboratoire du vivant, du vivre ensemble, du culturel et de ce lien social  parfois tant décrié, à l’image d’un chaudron toujours en pleine ébullition.

Le sujet de cette étude portera sur l’Autre en tant qu’être de culture. Plus précisément sur la prégnance de la culture dans la construction identitaire. Ainsi, comme à  l’image de l’œuvre de Georges Devereux, il est peut être possible, d’identifier des invariants culturels mais également à penser la culture comme universelle.

 

Le quotidien précaire dans lequel vie une partie de la population des banlieues, la proximité policière qu’elle subit jour après jour, et tenant compte des rivalités entre bandes de quartiers qui parfois sont meurtrières, sont trois caractéristiques de certaines villes de la banlieue parisienne et plus précisément de certaines cités (les Bosquets à Montfermeilles, les 4000 à La Courneuve, la Grande Borne à Grigny …). Nous remarquons que ces trois éléments, que sont la présence policière, la précarité et les rivalités de voisinage, faisaient aussi partie du décor dans les colonies Françaises et notamment dans les quartiers des colonisés. Ainsi, en peuplant ces quartiers avec de nombreux travailleurs Africains immigrés des anciennes colonies Françaises  avec leurs familles,  certains problèmes rencontrés pendant l’ère coloniale ont, eux aussi, « immigrés ». Notamment les difficultés économiques de ces familles et cette situation angoissante qu’est le contrôle des papiers d’identité à répétition aux abords des quartiers sensibles. Ces deux faits et plus précisément le second, nous interrogent sur la manière qu’ont, par exemple, les jeunes de ces quartiers de se percevoir comme Français.

En effet, pour appuyer cet argument, pendant ce fameux mois de novembre 2005 la loi prorogeant l’application de la loi N° 55-385 du 3 avril 1955 a été réactivée pendant un certain temps par le gouvernement. Est-ce un hasard si cette loi rétablie pendant un temps, avait été votée à l’Assemblée Nationale au début de la guerre d’Algérie.

Nous savons aujourd’hui que la colonisation a perturbé le processus identitaire des peuples colonisés (un autre exemple, avec les Harkis qui sont des Algériens ayant fui leur pays avec les militaires Français lors de l’indépendance de l’Algérie. Ils se sentaient probablement plus Français mais, en arrivant en France, ils se sont retrouvés parqués dans des camps à la sortie des villages, non reconnus comme français, sans identité).

Or, Frantz FANON écrit dans les Damnés de la terre en introduction du chapitre des cas psychiatriques rencontrés pendant la guerre d’Algérie : « La vérité est que la colonisation, dans son essence, se présentait déjà comme une grande pourvoyeuse des hôpitaux psychiatriques. Dans différents travaux scientifiques nous avons, depuis 1954, attiré l’attention des psychiatres français et internationaux sur la difficulté qu’il y avait à « guérir » correctement un colonisé, c’est-à-dire à le rendre homogène de part en part à un milieu social de type colonial. Parce qu’il est une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité, le colonialisme accule le peuple dominé à se poser constamment la question :

« Qui suis-je en réalité ? » »[1].

 

Si nous sommes en accord avec Frantz FANON, alors avant d’immigrer en France, l’individu était toujours à la recherche de son identité. Ce qui, une fois parti de son pays natal, ajouta une difficulté supplémentaire à son « adaptation », « assimilation », « intégration » dans le pays d’accueil. De plus, il a fallu en tant qu’immigré, passer du statut de colonisé à celui de réfugié économique. Lequel des deux a pris le pas sur l’autre ?

Autrement dit, un individu qui a du mal à se reconnaître, à s’identifier ou qui est dans un questionnement identitaire parce qu’il immigre, ses interrogations auront un impact au niveau de l’éducation de ses enfants et de la transmission culturelle, d’autant plus si ce pays d’accueil est l’ancien pays colonisateur. Ainsi ces enfants devraient avoir, eux aussi, un questionnement identitaire qui tendrait vers une ambivalence entre la culture et les normes sociales du pays des origines familiales et celles du pays d’accueil.

 

Pour ce qui est du conflit psychique, le Laplanche et Pontalis le définit plus particulièrement comme résultant  « des exigences internes qui s’opposent.]…[la psychanalyse considère le conflit comme constitutif de l’être humain et ceci dans diverses perspectives : conflit entre le désir et la défense, conflit entre les différents systèmes ou instances, conflits entre les pulsions, conflit oedipien enfin ou non seulement se confrontent des désirs contraires, mais ou ceux-ci s’affrontent à l’interdit »[2].

Cette définition nous dit clairement que le conflit est une composante de l’identité. Pour la population qui nous intéresse ici, le conflit ne peut-être que différent de celui de la population d’accueil ; il en va de même concernant leur quête identitaire.

 

Autrement dit, la construction de l’identité du sujet s’abreuve de son environnement familial et extrafamilial. La culture, sur le plan familial, sera première pour le développement psychique de l’individu. Cependant sur le plan extrafamilial, la culture et les normes sociales du pays dans lequel il vit ainsi que les différentes normes sociales et culturelles de son quartier influeront aussi sur celui-ci.

Par conséquent, le conflit identitaire pour le sujet se situe sur trois plans culturels différents : familial, environnemental (le quartier, la cité) et national.

Illustrons par un exemple notre idée. Aujourd’hui, pour un individu vivant dans une cité de la région parisienne sa culture familiale peut être africaine, la culture de la « cité » peut être la culture et les normes du hip-hop et la culture nationale est la culture française. Nous remarquons ici trois cultures qui s’alimentent les unes des autres de façon différentes, mais qui sont loin d’être représentatives de la population générale française.

 

  Selon G. Devereux, « les moyens défensifs que la culture met à la disposition de l’individu afin de lui permettre de refouler ses pulsions culturellement dystones peuvent s’avérer insuffisantes ». Nous pouvons supposer lorsque la culture familiale est différente de la culture nationale, que les moyens défensifs proposés par la société nationale, française par exemple, ne soient pas introjectés ou tout du moins plus difficilement par la population de ces cités, qui dans certains cas les dénient apriori.

Nous faisons donc l’hypothèse que les « moyens défensifs » proposés par  la culture française, au sujet « normal » issu des populations immigrées des anciennes colonies sont, soit difficilement introjectés soit, tout simplement déniés.

Cette population n’a pas la possibilité d’intérioriser suffisamment les normes culturelles françaises qui lui permettraient une certaine « adaptabilité créatrice », c’est-à-dire, entre autre, une certaine identification à la population française. De ce fait, le sujet ne peut pas se libérer de son angoisse, d’extérioriser ses pulsions dystones à la culture française. D’où, en partie, le malaise ambiant depuis vingt ans dans ces quartiers.

Ainsi, ne faisons plus semblant de s’étonner que les bibliothèques, les écoles sont incendiées par des jeunes « banlieusards ». Les grands penseurs, les hommes politiques et certains éditorialistes s’insurgent contre ces actes de vandalisme des lieux dont la symbolique est le Savoir (moyen défensif culturel). Visiblement ils n’ont pas assez réfléchi au problème qu’ils ne peuvent percevoir que de leur point de vue culturel de blanc européen. Ne leurs en voulons pas, car nous ne pouvons pas penser un sujet dont on ne soupçonne pas l’existence ; la transmission culturelle ?

C’était en juin 1982, toute la famille était réunie devant la fameuse demi-finale France-Allemagne en Espagne. A l’époque j’avais onze ans, loin de comprendre ce qu’il se jouait au niveau culturel à ce moment précis. Pendant les prolongations de ce match j’ai entendu tant d’insulte sur les Allemands et des remarques qui faisaient référence à cette période de l’histoire qu’est  l’occupation, qu’aujourd’hui je constate qu’un traumatisme qui touche l’ensemble d’une population se transmet de génération en génération. Alors je pose la question qui a été traumatisé pendant la colonisation, qui a été dominé ? Certainement pas le peuple de France. Donc si les Français peuvent avoir autant de rancoeur pendant un match de foot après un peuple avec lequel il n’est plus en guerre depuis 37 ans, alors il peut-être humain pour les peuples des anciennes colonies Françaises et de leurs descendants d’en avoir aussi, non ?

Je rappelle que l’occupation allemande n’a durée que 5 à 6 ans. Alors que pour les colonies le traumatisme s’est étalé sur plusieurs générations. Maintenant ouvrez grand vos yeux et observez dans quelles conditions de vies nous (dé-) laissons vivre ces populations dans nos banlieues. Pas d’accès au logement, encore moins au travail, pas d’accès à la vie tout simplement. Voilà où nous mène la « négation culturelle », le déni de l’Autre : à la violence. Pourquoi parle-t-on autant de devoir de mémoire de nos jours ?

Je suis né d’une mère Normande et d’un père Kabyle. Je ne veux pas brûler la France, cependant je ne veux pas que la France m’exclu.

 

A suivre...

[1] F. Fanon, les damnés de la terre, La Découverte & Syros, Paris, 2002, p. 239-240.

[2] J. Laplanche et J-B Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse,Quadrige & Puf, 3ème édition, Paris, 2002, p. 90.











 

 

 

vendredi 27 juillet 2007, a 18:27
La banlieu, un problème ???

Le prochain sujet se penchera sur la difficile question des populations issues des  anciennes colonies françaises (dont je fais à moitié parti), vivant en banlieue parisienne.
Nous tenterons de donner une explication du dit problème, toute modestie gardée.

Encore un peu de patience, il y aura de quoi lire...

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